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Atelier de lancement de la campagne sur les enjeux de la souveraineté alimentaire et l’agroécologie à Madagascar.

Atelier de lancement de la campagne sur les enjeux de la souveraineté alimentaire et l’agroécologie à Madagascar. 

Antananarivo le 13 octobre 2023 – Dans le cadre du lancement de sa campagne pour la promotion de la souveraineté alimentaire dans ses zones d’intervention, le CRAAD-OI a organisé un atelier de formation et de planification stratégique sur « les enjeux de la souveraineté alimentaire et l’agroécologie à Madagascar », destiné aux groupements de femmes rurales et de jeunes de ses zones d’intervention.

CONTEXTE ET JUSTIFICATION[1]

A Madagascar, le secteur agricole est majoritairement alimentaire et constitue le principal pourvoyeur d’emplois (68 % de la population active). Mais paradoxalement, sa contribution au PIB est seulement de 24 % (2018), et il ne génère que de faibles revenus pour les petites exploitations agricoles familiales qui constituent la grande majorité des ménages agricoles, ne leur permettant pas de développer leurs exploitations agricoles et leur productivité. La mauvaise répartition de la valeur ajoutée au détriment des producteurs due à une asymétrie d’information et à une faible organisation des chaînes de valeur contribue à la faiblesse des revenus des ménages agricoles. En conséquence, les systèmes alimentaires Malagasy ne permettent pas aux ménages agricoles de sortir de la pauvreté.

Bien qu’il y ait des systèmes alimentaires spécifiques aux principales zones géographiques et climatiques de Madagascar, ils ont tous en commun les problèmes structurels liés

  • à la pauvreté généralisée ;
  • à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition qui prévalent dans la quasi-totalité de l’île, en corrélation avec la distribution inégale de l’alimentation, des terres, des ressources productives et des infrastructures de base ;
  • aux inégalités territoriales et sociales engendrées par une répartition inégale des appuis étatiques et non gouvernementaux à travers tout le territoire national ;
  • au manque de démocratie et de transparence ;
  • à des politiques agricoles inappropriées ;
  • à la dégradation des ressources naturelles, y compris la biodiversité, les terres et l’eau ;
  • à la forte vulnérabilité du pays aux impacts du changement climatique et de la volatilité des prix aussi bien des intrants que des produits agricoles.

La production agricole du pays est très diversifiée (produits amylacés, viande et produits animaux, fruits et légumes…) et elle est orientée à plus de 90 % vers le marché domestique[2].  Cependant, la progression de la production agricole ne suit pas la croissance démographique soutenue[3], entraînant une dépendance croissante aux importations, notamment pour les produits alimentaires de base comme les céréales, le sucre et les corps gras. L’insuffisance de la production résulte de la faible productivité à l’hectare corrélée avec un faible accès des producteurs/rices aux services et une faible fertilité des sols, de la fragmentation et de la faible superficie des exploitations[4]  et/ ou par manque d’accessibilité des superficies cultivables, tout cela dans un contexte d’insécurité foncière et publique quasi-généralisée. Ces problèmes structurels sont aggravés par des catastrophes naturelles récurrentes (cyclones, sécheresses, inondations, invasions acridiennes,…) liés à la crise climatique.

De plus, les habitudes alimentaires et le manque d’éducation nutritionnelle et de connaissances des méthodes de conservation et de transformation des produits contribuent à une alimentation très peu diversifiée et à une faible attention à la qualité des aliments, se traduisant pour la période 2016-2018 par un taux de sous-alimentation de 44 % de la population, particulièrement dans le sud du pays, et

42 % des enfants de moins de 5 ans souffrant d’un retard de croissance dû à la malnutrition, notamment dans les Hautes Terres centrales et l’Est[5]. L’insuffisance et l’inaccessibilité des services sociaux de base aggravent la dénutrition des enfants et la vulnérabilité de la population.

Dans un tel contexte, la souveraineté alimentaire de Madagascar doit commencer naturellement par le développement de pratiques agroécologiques qui seront les fondations de son indépendance technique et financière en facteurs de production, de la capacité durable du pays à produire des aliments et des biens, et de sa reproductibilité environnementale. Compte tenu du rôle central de l’agriculture familiale qui fait vivre la grande majorité de la population, il s’agira notamment de l’intensification agroécologique de cette agriculture familiale, car les paysannes et les paysans Malagasy développent déjà des pratiques durables porteuses d’espoir.

L’atelier s’est penché sur les aspects structurels et politiques qui freinent ou entravent l’épanouissement de l’agriculture familiale à Madagascar, y compris la participation démocratique des producteurs/rices dans la détermination des politiques agricoles et alimentaires. Ainsi, on a pu identifier avec les participants les différentes stratégies, les pistes de leviers d’action et de solutions qui permettront d’inverser les tendances actuelles, avec les initiatives agroécologiques rémunératrices et adaptées à différents terroirs, filières et contextes.

La campagne du CRAAD-OI pour la souveraineté alimentaire vise à s’attaquer aux causes profondes de l’insécurité alimentaire et de la vulnérabilité socio-économique des communautés affectées par la crise climatique. En particulier, elle a pour but d’apporter l’appui nécessaire aux femmes rurales pour la reconnaissance et le libre exercice de leur rôle central dans la production alimentaire et la valorisation des savoirs traditionnels qu’elles détiennent en tant que gardiennes du patrimoine bio-culturel local.

Cet atelier de lancement, qui s’est tenu du 10 au 12 octobre 2023 à Antananarivo, s’est réalisé en partenariat avec le GSDM, l’association FARM et le RJDD. Il avait pour objectifs spécifiques d’initier les participants à l’approche des systèmes alimentaires, ainsi qu’aux concepts et principes de la souveraineté alimentaire. Ensuite, il visait à les équiper de connaissances nécessaires sur l’agroécologie et ses pratiques. Enfin, il cherchait à donner l’initiative aux femmes et aux jeunes pour définir un plan stratégique de défense et de promotion de leurs droits à l’alimentation et à un environnement propre, sain et durable.

[1] FAO, Union européenne et Cirad. 2021. Profil des systèmes alimentaires – Madagascar. Activer la transformation durable et inclusive de nos systèmes alimentaires. Rome, Bruxelles et Montpellier, France.

[2]. Ibid.

[3] de 2 % à 3 % par an (2019)

[4] 63 % des agriculteurs exploitent moins de 1,5 ha.

[5] FAO, Union européenne et Cirad. 2021. Profil des systèmes alimentaires – Madagascar. Activer la transformation durable et inclusive de nos systèmes alimentaires. Rome, Bruxelles et Montpellier, France.

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